mardi 31 mai 2011

Noli me tangere


Après le slow food, voilà le "slow travel", depuis mon départ de saint-laurent, j'ai parcouru à peu près ... 300km!
Et ça commence d'ailleurs avec une histoire de bouffe, pour Paques il y a un plat traditionnel en Guyane, le bouillon d'awara, c'est une tambouille à base du fruit de ce palmier qu'on mélange à du poisson boucané, des queues de porcs, de la volaille, crevettes, légumes et encore une vingtaine d'autres... mais je ne suis pas à l'hospital depuis tout ce temps! la tradition dit aussi que celui qui en mange reviendra en Guyane ou y restera. D'où le fatum (pour justifier la cohérence du propos avec le blog)...
C'était très bon, mais le coin (du coté de Régina) vaut aussi le détour. Je suis du coup resté chez Odile, une amie, d'amie d'amie qui est devenue une amie... Mais le long de la piste, on croise encore un florilège de personalités : un chocolatier passioné de la forêt, un fils de mercenaire du Gabon qui va élever du zébu, un libertaire rasta avec son jardin et ses histoires, des menuisiers et sculteurs, des professeurs/pompiers/militants (pour rappeler aux politiques que la création de parcs naturels ça sert à protéger notre environement!), des brésiliens, créoles, indiens etc. bref, je schématise mais c'est sympathique et des fois le futur devient une notion un peu floue. odile viens même de me montrer le travail d'un voisin dont la femme veut faire l'élevage d'animaux sauvages, et lui en rêve "différement" (http://www.flickr.com/photos/25328771@N07).



Il faut dire qu'odile est un peu accro du net, elle nous a trouvé récemment un petit film étonnant qui nous explique comment on fabrique l'argent. "on", c'est bien sûr les banques, alors diffuse le film (et boycotte les banques!)
http://www.dailymotion.com/video/x75e0k_l-argent-dette-de-paul-grignon-fr-i_news
et justement en Guyane il y en a, de l'or, c'est intéressant de savoir comment ça se passe, du moins comment je l'ai compris. Il y a plus d'un siècle, d'énormes engins draguaient déjà l'alluvion. Rareté du caillou? le fait est que depuis 10 ans le cours (24HGOLD) a augmenté de 319%! Depuis quelques années une réglementation a cadré l'exploitation pour mieux gérer la forêt, les cours d'eau et les villages amérindiens qui en vivent. C'est surtout le mercure qui fait des ravages dans la chaine alimentaire et qui est maintenant interdit. Mais, il y a les méchants clandestins brésiliens qui viennent piller nos richesses sans respecter aucune de nos lois, ils amènent en plus le traffic d'armes, de drogue et la prostitution... et plus nos braves militaires les traquent, plus ils remontent dans la forêt (ce qui augmente la surface polluée). Bien sûr, il n'y a pas que ces garimpeiros qui sont coupables, le gouvernement brésilien ferme les yeux sur le "blanchiment" de ces tonnes d'or et coté guyanais, il y a justement une "exception" législative qui fait que toute la production, légale ou pas est finallement mélangée et quasi toute expédiée vers l'hexagone... alors à la prochaine st valentin, pense aux pauvres aïmaras, aux enfants wayampi ... et boycotte l'or!
Voilà pour le coup de gueule.


Coté activité, en 68, odile jettait des pavés pour défendre l'automation, en gros : tu travailles si tu veux et les machines feront le reste. Et pour moi elle ne manque pas d'idée, une cabine de téléphone devient chiotte sec, un pont chinois pour enjamber la rigole de l'eau de pluie, un couvercle pour le puit, ou des jouets à retaper...



Voilà, je partais pour passer la Paques au Brésil, et comme dans les écritures, je décollerai un mois plus tard. Bon, j'arrête de me prendre pour un autre, et j'enlève cette barbe...


(Jésus aurait dit "Noli me tangere", ne me touche pas, à Marie-Madeleine le jour de ça résurrection, c'est quand même plus subtil que le "casses-toi  pauv' con", essayez!)

vendredi 22 avril 2011

Bienvenue... au revoir

C'est l'événement du moment!

Le petit Enzo est arrivé le 10, dans les bras de Lucie, amie, sage femme, toujours de bonne humeur...
Alors félicitations! parabens! gratulatio! à Anne et Guillaume. Il est tout tranquille, attachant et promis à un bel avenir puisque son deuxième prénom c'est ... Philippe.

Elles ne se contentent d'ailleurs pas de faire de beaux petits d'homme puisque quelques jours avant l'accouchement, elles terminaient une sympathique mosaïque pour la douche...
Pour le reste, pas vraiment de changement. On ne peut pas aussi facilement exploiter les bois du terrain que prévu, du coup on a fait... du béton! un vrai bunker pour mettre tout le matériel de valeur (groupe électrogène, batteries, outillage, etc).
J'ai aussi fait un peu de mobilier pour m'occuper, on a quand même fait quelques cloisons (dedans) et bardage (dehors). et les "casquettes" en feuilles tressées de wassaï, un palmier plein de qualités puisque le fruit sert aussi à faire boissons, plats et dessert...



(tout au fond, qui nous nargue, c'est la maison de JB. Ils mettent des clous partout mais sont bien efficaces les brésiliens!)

Guillaume a mis, lui, la "casquette" de l'électricien même si les panneaux solaires ne sont pas encore là.
Et on se sent presque chez soi... du coup je me suis rappelé que le but original c'est quand même de voyager!
Un peu de tourisme pour aller voir les tortues luth pondre sur la plage d'Awala. Impressionnants reptiles de plus de 1m qui viennent de nuit faire un trou et y déposer leurs oeufs. Tant d'efforts, des mouvements millénaires, des gémissements et des larmes pour découvrir le lendemain un carnage de coquilles éclatés par les chiens qui les dessablent pour les manger!

Bon, un dernier pot (en au revoir?) et demain je pars vers l'est et le Brésil!

lundi 14 mars 2011

Hiver guyanais


Pour présenter les dernières photos de la maison, un aperçu de la récente période pluvieuse.
Guillaume s'est improvisé en ingénieur hydraulique pour canaliser cette petite rivière qui menaçait d'anéantir la piste...
Quand on subit ces averses avec un bon vent d'est, on comprend les grands débords de toit des maisons. A peine installée, la cuve de 1600 l était remplie en une nuit (+ de 40 l/m2...).

Petits détails "bioclimatiques" encore, si en métropole on cherche a isoler au maximum du vent et à récupérer le rayonnement solaire pour chauffer, ici la maison est complètement ouverte pour rafraîchir alors que les 2 auvents apportent un maximum d'ombre (ils seront couverts de waï, des tresses de feuilles séchées).
Et coté vent dominant, il y a une autre "casquette" pour limiter la pluie à l'intérieur.

Depuis la dernière fois on a d'abord couvert la terrasse.
Ces superbes poteaux, c'est du bois cathédrale, avec des formes assez hallucinantes. Le débord pour la pluie est aussi impressionnant. Et pour ne pas abimer ce bois, j'ai mis le lien à l'horizontal avec des queues d'aronde.


J'en profite pour montrer une autre petite "fantaisie" sur le auvent arrière. Ce "trait de Jupiter" qui prolonge la poutre...
Après ça, on a fait l'escalier qui mène à la mezzanine.
Et c'est un florilège d'essences!
Poteaux en wapa et saint martin rouge, marches et limons en angélique, palier et rambarde en wacapou. Et notre petite "cerise sur le gateau", les 2 morceaux violet c'est de l'amarante.
Pour s'amuser encore un peu j'ai essayé de sculpter une grenouille sur le grand poteau, mais le wapa est plutôt réputé pour fendre facilement...



Et puis une dernière photo pour remercier les amis qui viennent nous voir même si ça n'est pas encore bien confortable.
Merci aussi pour sa patience à Anne qui attend aussi un petit et voudrait bien emménager!



A bientôt

dimanche 6 mars 2011

Sans tambour ni trompette

Je voudrais revenir sur nos petites vacances de décembre dernier. Avec Guillaume et un couple d'amis on est allé faire la descente en canoë du Tapanahony au Suriname.

C'était une belle expérience et je voulais remettre quelques photos.

Mais cette rivière a une actualité au Surinam. En effet, pour recharger en eau un grand barrage, le pays voudrait dévier une partie de l'eau du Tapanahony et de 2 autres rivières. Bien sûr, l'augmentation de production d'électricité va améliorer les conditions de vie et surtout le potentiel industriel,. Mais les travaux, avec routes d'accès et autres équipements nécessaires, se feront dans la forêt primaire et auront un gros impact sur les villages amérindiens qui vivent près de la rivière.
Dans quelques années, ces paysages seront donc bouleversés puisque l'appel d'offre pour réaliser les travaux se termine à la fin du mois.

Je termine avec le Kassi Kassima, qui était le début de notre petite expédition, pour rappeler, comme le dit P. Rabhi, que la nature sera toujours là, pas l'Homme. C'est nous qui avons besoin d'elle et pas le contraire...







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lundi 28 février 2011

Carnaval !!!



Avant la navette, le bagne ou les légionnaires, la grande fierté en Guyane, c'est le carnaval. Et ils aiment tellement ça qu'ils le font durer 2 mois...
Comme on est du coté de Saint Laurent du Maroni, je vais parler un peu du carnaval de ... Saint Laurent bien sûr. Ca n'est surement pas le plus beau (trop loin du Brésil?) mais il y a un petit coté traditionnel sympathique.



Je dis ça parce que dans le défilé les costumes font souvent référence a la culture guyanaise, il y a par exemple les nèg marrons symbole de l'esclavage, les coupeuses de canne à sucre ou encore les zombis, etc. et pas mal d'enfants sont en "jé farine", personnage de conte qui lance de la farine... bon enfant quoi...


(désolé pour la mauvaise qualité, l'appareil photo n'a vraiment pas aimé ses vacances à la rivière)



Mais les "personnages" les plus importants du carnaval ce sont les touloulous!
A la base le déguisement représente un peu une bourgeoise du XIXè, mais il y a des règles strictes! elles sont masquées et ne doivent pas montrer le moindre morceau de peau, même la voix doit être changée.
La touloulou aime surtout aller au bal et c'est là qu'est l'âme du carnaval.

(l'image vient du net)

Ce sont elles qui invitent les partenaires masculins qui ne peuvent pas refuser. Après il y a tout plein de subtilités qui m'échappent, je sais juste qu'il y a un vrai pic de naissances 9 mois plus tard!
Du coup, je ne suis ni danseur ni couche tard mais je voulais quand même aller voir ces bals "parés masqués".
En fait ceux qui y vont sont plutôt des lève tôt puisque quand j'arrive, à 2h30, ça n'est que le début, d'ailleurs je me fait assez vite inviter et la danse s'appelle le béguin. Chacun son style, c'est assez sensuel, le mien est certainement du genre ridicule, en tout cas il n'y aura pas de deuxième invitation. Apparemment une danse c'est déjà honorable pour quelqu'un qui vient de métropole, c'est surtout un jeu avec ses codes entre créoles je crois, d'ailleurs la "devise" de la touloulou est "devines qui je suis"?! bon ben excusez-moi de m'immiscer...
L'autre danse c'est le piqué qui est encore plus "suggestive".
De toute façon le rhum guyanais aurait limité assez vite ma tentative au "piquage". (Et le service est généreux)
J'ai d'ailleurs trouvé l'ambiance étonnement sobre, mais peut-être qu'à 4h du matin, quand je suis rentré, les choses sérieuses n'avaient pas commencées... ?

jeudi 10 février 2011

Un saison en Guyane




La Guyane, une nature exubérante, colorée, bruyante et agressive. Des peuplades si différentes sur un même territoire "français". Les chercheurs d'or et les chercheurs spatiaux de Kourou, ...
mais aussi des moments de pure tranquilité, vautré dans un hamac, et rien d'autre pour atteindre le bonheur.


Bon, on est là pour bosser quand même!
et il y a du boulot...
pour faire la maison de Guillaume, il faut déjà ... atteindre le terrain! la piste de 400m est restée longtemps impraticable à cause de la pluie.
Ensuite, il faut ...un atelier, ses tréteaux, et outillages improvisés.



Pas moyen d'emmener du ciment? tant mieux les fondations seront en wacapou, un bois superbe, durable dans la terre et trop dur pour les termites.

Après avoir taillé à la tronçonneuse et au ciseau la majorité des pièces de charpente en assemblage traditionnel (tenons mortaises, queues d'arondes, embrèvements, etc), on se fait une journée collective de montage mi-décembre.

On enchaine...

(Là il y a les vacances, mais on y reviendra)

Pour la 2è partie, le toit, on a été dimensionné "à la guyanaise". Il n'y aura que de la tole et pas de neige à supporter, ça fait quand même un peu léger pour tailler des fermes "latines", comme on fait par chez nous...

Et voilà, on en est là, à l'abri de la pluie et du soleil,
à suivre, il y a le toit de la terrasse, l'escalier et quelques "casquettes" en plus...

In média rès

Comme le disait Brassens avec sa chanson "tempête dans un bénitier", sans le latin, il manque un peu de magie...

Alors voilà un nouveau blog, après celui autour de la Méditerranée (http://zeitoune2007.blogspot.com), pour un petit tour en Amérique du sud.
Plus vraiment européen, je deviens "latinien" pour quelques mois...



Et "In média rès" (au milieu des choses), parce que ce voyage a en fait commencé depuis bientôt 3 mois.

C'est Guillaume qui m'a donné l'occasion de partir en me proposant, en octobre 2010, de l'aider à construire sa maison en Guyane.
Ce blog commence donc vers la fin du chantier et il n'y a pas de billet retour...