samedi 30 mars 2013

D'Ouest en Est

J'avais envie de traverser l'Equateur d'ouest en est.
La route vers l'océan est l'occasion de retrouver un peu de terrain plat et roulant, aussi le soleil, ses coups assomants et ses couchés reposants.


On m'avait conseillé de descendre de Pédernal vers San Clémente.
Un arrêt à Punta blanca et Carlos me propose d'aller pécher avec lui, m'offre plats de fruits de mer et poisson.
Le lendemain la nausée limite mon efficacité pour jeter et tirer les quelques 600m de filet. Et du bain de mer sensé m'aider je ne récupère que quelques piqures de méduses...


Je passe Canoa, trop touristique, et arrive à San Clemente. Une jolie plage et de sympathiques pécheurs de crevette.
Le coin est surtout animé en août, période de fêtes et de migration des baleines.



Court passage à Intillacta, le temps de faire quelques (bien bons) fromages, pains de manioc, et récupérer mon petit "salaire". Je poursuis vers Quito et Tumbaco, où Santiago reçoit les cyclistes depuis plus de 20 ans (de 6 nationalités différentes pendant mon séjour).

Et je bascule de 2000 à 4000m vers l'oriente pluvieuse...

C'est surtout l'occasion de passer une semaine chez les krishnas.
Bhaga me propose de payer mon séjour en fabriquant un canapé de bambou. Ça ne se refuse pas, surtout que le rythme est tranquille, la spiritualité sans prosélytisme, cohérente et saine : mantras (chants sacrés), étude du Bhagavad Gita (le Livre) et yoga à l'aube. Entre autres règles, végétarianisme et aucun toxique pour le corps.
Et quelques bonnes séances de hamac l'aprés midi.

On a aussi participé a une petite fête pour l'équivalent du nouvel an (leur calendrier est le grégorien).

Je reste réticent à tout dogme mais espère vivre d'autres expériences en Colombie où les krishnas sont nombreux.


Autre ambiance de retour à Quito pour le vendredi saint, il y a une énorme procession avec pleins de jésus...






mercredi 27 février 2013

hors temps à Intillacta


Les conditions pour prolonger mon visa ne me semblant pas claires, je vais voir le service des migrations à Quito. Tout ce qu’ils me disent c’est qu’il n’y a plus d’amende à la sortie si on dépasse les 3 mois. Je décide donc de rester illégal, "légalement". (au risque de ne pas pouvoir rentrer de nouveau).

Manu, la gorda (Margarita) et la negrita (Yara)

Ca me permet d’aller un peu chez la famille d’Agostina. Intillacta, est une comunauté superbe, il y a notamment plus de 20 espèces de colibris. Ici vivent les parents, enfants et petits enfants.





Ils ont fabriqué un canopi, plus de 2km de téléphériques en 6 câbles au dessus de la forêt, et 2 ponts suspendus de 120m.
Ce système vient du Costa Rica pour l’observation de l’écosystème (la canopée). Ici, c’est plutôt les sensations que cherche le visiteur.


Mais la famille milite activement pour la préservation et la reforestation du climax de montagne. A cette altitude, près de 2000m, et avec la pluviométrie, il y a de toute façon peu de cultures adaptées.

Manuela, la soeur, me propose de faire un grand poulailler, de 6m x 4m (pour une centaine de poules). Je voulais tailler les assemblages de façon traditionnelle mais l’eucaliptus bien sec est vraiment dur et l'outillage moyen limitent mes ambitions.


C’est aussi l’occasion de travailler un peu avec le bambou. Plutôt de la guadua, une parmi plus de 1500 variétés ! (à noter que 280 sont natives d'Equateur). Ses qualités mécaniques et la facilité de production sont bien intéressantes. Elle est facile à fendre, on peut du coup s’en servir pour fermer les espaces. Certains feraient des lames de parquet avec…
Cette herbe, qui peut dépasser 30m, aurait des utilisations dans pleins de domaines : meubles, fertilisants, médicaments, artisanat, vêtements, et alternatives à pleins d'objets en plastique (cellulaires, etc.), etc

Ce travail était un peu long parce que je travaillais seul et le temps est toujours très pluvieux. Mais ici il passe tranquillement (Manu s’étonnait : “pourquoi tu as une montre, puisqu’on t’appelle pour venir manger ?…”).

C’est aussi la période du carnaval. Comme l’année dernière en Bolivie c’est surtout l’occasion de “batailles” avec de l’eau. Marrant, mais on est juste plus mouillés, et volontairement, que d’habitude. Curieuse tradition, surtout que tout met des jours à sécher...

L'autre évènement c'est la réélection de Correa au premier tour. Même en décomptant les gens décédés qui ont quand même participé, c'est un plébiscite pour ce pro minerie et néo libéralisme. Il dit que c'est dommage de ne pas profiter de ces ressources, mais quand on voit les ravages que provoque l'exploitation du pétrole entre autre, je trouve que c'est dommage de ne pas chercher d'autres alternatives...

(juste 2 faits vérifiés : la consommation de l'armée des EEUU de 1 journée équivaut à l'exploitation du pétrole dans le parc du Yasuni pendant 3 à 7 ans. 1 ha de ce parc a plus de biodiversité en végétaux que l'ensemble des states)

mardi 29 janvier 2013

Du coté de Mashpi

En Equateur la cordillière se sépare en 2 chaînes. Quito s'étend sur des dizaines de kilomètres dans cette vallée. Il y a pas mal de cyclistes, mais le choix en vélos d'occasion est bien faible.
Pour un peu plus de 300 dollars je m'en fait monter un, moins bien équipé et surtout moins beau que le précédent. J'espère que les voleurs seront moins tentés.

Pour essayer l'engin, j'ai justement un nouveau volontariat qui m'attend à 140km, de l'autre coté de la chaîne occidentale. Mashpi est à environ 500m(snm), c'est une zone de cultures intensive du palmier pour l'exportation des coeurs. La pluviométrie annuelle est de plus de 4m, on est justement en pleine saison et c'est impressionnant !

Agostina et Alejandro sont latinos, écolos et bien chévérés (cools). Ils ne sont là que depuis 3 ans et ne font pas de monoculture, avec plus de 150 variétés de plantes sur 4 ha (50 autres d'anciens paturages sont laissés en "auto régénération").
Les principales cultures sont : cacaos, bananes, palmitos, papaye, agrumes, etc. Pas mal aussi d'arbres "fixateurs d'azote" et d'engrais verts. Suivant le principe des 3M : matière organique, micro organismes et minéraux, ils utilisent plusieurs "recettes"de biol à pulvériser, notemment avec du bokashi et de la farine de roche. Un peu technique mais ils ont chacun une formation scientifique...


La grosse activité du moment c'est la fabrication de la chocolaterie.
Elle est en brique, carrelée, et avec pas mal de normes inspirées de nos industriels (portes alu,...). Il y a 2 macons pour monter et on est juste les aides.

Il y a aussi du cacao à récolter, pour gouter le chocolat il faudra revenir...

(avec Vanessa, l'associée allemande)

La famille d'Agostina vit aussi dans la région et, comme eux, sont assez politisés. Et même dans ce petit coin tranquille il y a toujours à défendre ses intérêts, face à la minerie, au projet de centrale hydraulique, etc. (un couple d'amis vont se faire expulser perdant une collection de plus de 500 fruitiers du monde).


Dans 3 semaines c'est aussi la réélection du président Correa.
Ils défendent ici plutôt le candidat Acosta, auteur de la constitution de 2008. Elle reconnaît entre autre les droits des peuples natifs et la notion de sumak kawsay, qui est le "bien vivre", critère primant sur la croissance du PIB.
Malheureusement la nature n'a pas le droit de vote...



lundi 7 janvier 2013

de la fin ... au milieu du monde.

A tous les survivants de 2012, je souhaite bonheurs, courage et modération pour 2013.

Pour finir l'année, je suis remonté vers Quito pour retrouver Guillaume, Anne et Enzo, 20 mois aprés...

Piéton, je commence en stop vers Cuenca. C'est la troisième ville du pays mais je l'ai trouvée bien agréable.

Pour le 21, j'espérais une cérémonie aux ruines d'Inga Pirca, les plus importantes du pays, mais les new ages du coin devaient certainement être allé au Guatémala...

Par contre pour préparer Noël, les petits "quitéños" étaient bien là , c'est le traditionnel Pase del niño.
Déguisés en anges, en roi mages, etc. ils défilent jusqu'à l'église pour une crêche vivante.
Mais la crêche "miniature" est aussi une institution ici et tous les matériaux sont bons : bouteilles plastiques, circuits imprimés, paille toquila (des fameux chapeaux panamas), coquilles d'oeufs, chocolat, etc.


A coté de ça, l'Equateur, et Quito en particulier, offrent un art visuel intéressant.
Le peintre Guayasamin d'abord m'a impressionné, mais il y avait aussi une très bonne expo de graphistes contemporains.
Et le cinéma se développe bien dans ce petit pays. A l'automne dernier un festival parisien l'a d'ailleurs présenté (http://umafilms.wordpress.com/diffusion-2/deuxieme-semaine-du-cinema-equatorien/). J'ai vu par exemple "Que tan lejors" (en v.o. c'est même documentaire), "Black Mama" (expérimental, et réussi!), "Ratas, ratones y rateros" (l'Equateur qu'on ne voudrait pas...) et d'autres bons docus.

Et, retardés par une douane trop zélée, je retrouve enfin les amis guyanais.

On descend d'abord vers l'autre "vallée sacrée" (traduction de Vilcabamba en quechua).
C'est là qu'on passe le nouvel an. Ici on dit plutôt "passer la vieille année" et la tradition, comme dans tout le pays, est de faire des manequins qui représentent les misères qu'on a envie d'oublier, souvent accompagnés d'un petit texte. A minuit tout ça finit dans des grands feux de joie, en plein milieu de la rue !


Ensuite on a juste le temps de faire un petit tour, mais bien dépaysant, au volcan Quilotoa et son beau lac intérieur.


La remontée vers Quito est aussi bordée de volcans mais les nuages nous gâchent un peu le plaisir ...



Un grand merci et bravo à Anne et Guillaume qui ont bien géré ce trop court séjour avec le petit Enzo.

mardi 18 décembre 2012

vert ... de rage !



Vilcabamba est un de ces endroits "béni par les Dieux" d'oú on dit que "tout pousse" et vivre centenaire est presque banal. Depuis une quinzaine d'années l'endroit est investit, surtout par des étasuniens qui rachetent á bon prix les terrains. Ils n'ont quasi pas besoin d'apprendre l'espagnol.

Mofwoofoo en est un. Il s'est fait faire une belle cabane perchée á 10m dans les arbres, d'autres constructions et un grand potager pour la communauté. Pour le moment surtout des bénévolles.
Il y a lá potentiellement un lieu tres sympa mais ca n'est que le début. Je ne suis pas resté parcequ'il n'y avait aucune organisation et, á ce moment, juste un groupe de glandeurs.

Mais á Vilca on rencontre vite des gens bien cools, ca fait de bonnes soirées, notemment un terrible temazcal (dome de sudation). On dit qu'on y entre, meurre et renait en sortant. Il y avait quelque chose de ca...

Depuis mon arrivée en Equateur, le paysage, tres découpé, est incroyablement vert. En remontant vers Loja je fais une petite halte au parc national Podocarpus. Les orchidées n'étaient pas en fleur mais c'était encore une bonne cure de chlorophile.


A Loja j'ai surtout apprécié l'esprit de Rodrigo Muñoz. Peut-etre parce qu'il est dévot de Krishna, en tou cas si le cycliste gagne en respectabilité ici c'est un peu grace a lui.

Il me conseille de poursuivre par l'ancienne piste vers Cuenca. Le village de Las Juntas est réputé un lieu tranquille et accueillant.
Par habitude j'attache quand meme mon vélo á la tente pour la nuit, mais avec la pluie on me conseille de la déplacer a la coursive supérieure de l'école, le vélo ne risquant rien á coté.
Sauf qu'il y a toujours des exceptions. Et ce dimanche matin le vélo n'y était plus !

J'y suis resté 1 semaines, discussion avec les (tres) suspects, parodie d'investigation avec la police, récompense... en vain.

En plus de la perte matérielle, c'est de la confiance et de la dignité qui sont partis avec le vélo.

Maintenant c'est fait. Il faudrait le prendre comme une oportunité, je ne la vois pas encore...

vendredi 30 novembre 2012

Nord du Pérou

Normalement on peut dépasser la durée de son visa au Pérou en payant 1$/j d'amende. Je n'ai pas spécialement envie de vérifier. L'autre préoccupation pour moi comme pour les autres cyclistes de la casa, c'est la pluie.
Aprés le départ d'Odette, je décide alors de prendre le bus pour retrouver la montagne. Le bout de panaméricaine au nord de Trujillo est d'ailleurs réputé pour ses voleurs. Depuis Lima ca fait à peu près 1000 km que je fais en transport. Le concept du voyage à vélo est assez "entamé", mais honnêtement je n'ai pas trop mauvaise conscience. Avec le vent contraire le cycliste qui va vers le nord est lui aussi assez défavorisé... et c'est moralement et physiquement pesant.

Mon itinéraire, de Cajamarca, bascule vers la région Amazonas et la frontière orientale de La Balsa pour l'Equateur.

Heureusement, la pluie m'épargne relativement et, avec la petite déception de la cordilière blanche, c'est peut être sur ces routes que j'apprécie le plus les paysages péruviens et le vélo. La région a aussi son intérêt au niveau arquéologie et naturel.


Je n'ai fait que 2 sites : Kuelap, une citée fortifiée pré inca. Un travail impressionant pour amener les pierres, mais ce qui m'a surtout étonné c'est que la cité n'est pas derrière l'enceinte mais au-dessus, c'est un grand mur de soutènement... L'accés que j'ai choisi, à pied, lui donne encore plus d'envergure puisqu'il y a plus de 1000m de pente raide, aprés la matinée de vélo.



La deuxième balade est pour aller voir la Gocta, 3è cascade la plus haute du monde (771m), un site magnifique et, pour y accéder une végétation luxuriante pleine d'oiseaux, coqs de roches et autres.




La suite du parcours, c'est du beau rocher, puis la forêt dense envahie les parois raides et plus loin des rizières. Avec les mototaxis, les grues blanches et les palmiers, on se croirait presque en Asie...







J'arrive à la frontière juste 6 mois aprés mon entrée mais écope quand même de 4$ puisque le visa donne en fait 180j.


J'aurais fait environ 2400km de vélo au Pérou, je pense 6000 depuis le début.

Et 200m aprés l'entrée en Equateur je dois déjà pousser le vélo ! L'ambiance est donnée, on m'avait bien prévenu que les pentes ici sont plus fortes, ca va être dur...

vendredi 16 novembre 2012

Cordilière blanche, blanche.

Le temps était déjà bien humide, mais en novembre commence habituellement la saison des pluies. Les magnifiques montagnes enneigées disparaissent alors derrière d'épais nuages blancs.
De même, ma deuxième semaine chez la famille a été un peu moins "limpide", mais toujours avec une confiance réciproque. J'ai pris plaisir à faire, entre autre, un grand plan de travail pour l'école.

Apres, j'ai reçu la visite de ma soeur Odette, sa troisième depuis un an... On a d'ailleurs fêté mon deuxième anniversaire de voyage...

Ca a été l'occasion d'aller voir le temple de Chavin. Dans un beau cadre, ces pierres semblent garder la puissante énergie des cérémonies de l'époque. Avec l'aide du cactus hallucinogène San Pedro, le shaman se retirait d'abord dans d'impressionnantes galeries souterraine de pierres. Puis, il faisait la cérémonie avec le son de ces gros coquillages et un étonnant système de canaux qui pouvaient reproduire le cri du puma, etc.


(le Huascaran depuis la cordillère noire)
A defaut de pouvoir vraiment randonner, je suivais la vallée du rio Santa a vélo pour retrouver ma soeur ponctuellement.

Quelques belles balades quand même, aux lagunes turquoises de Llaganuco, à Caraz, où on est montés dans la Cordillere Noire qui fait face a la blanche. Et l'étonnant Canyon Del Pato avec sa série de 37 tunnels.



La deuxième partie, c'est Trujillo. Surtout connue pour les ruines Chimú de Chan Chan, et pour la Casa de cyclistes de Lucho...
(huaca Arco iris)


Les arquéologues ont choisi de remodeler les motifs d'origine. Les énormes murs sont faits de briques de terre. Un travail assez appréciable, juste les protections au-dessus gachent un peu le plaisir.





Et puis il y a aussi Huanchaco. C'est une plage tranquille où des pécheurs vont encore pécher au filet sur des barques de totora (joncs).

 J'avais gardé peu de souvenirs d'un premier voyage au Pérou, il y a 12 ans, du coup ca faisait bien plaisir de voir cette tradition toujours vivante.